Le contrat social
Ce que l'État s'engage à faire et ce que le citoyen s'engage à faire en retour - Demain, le Bénin ! #2/31
Moussa élève des bovins à Banikoara depuis trente ans. Son fils a failli mourir d'une appendicite. Pas de chirurgien à moins de 200 kilomètres. Il a survécu — de justesse. Est-ce que Moussa paye ses impôts ? Non. Est-ce de la mauvaise volonté ? Non plus. C'est de la logique. Et pour construire le Bénin de 2040, il faut comprendre pourquoi Moussa ne paye pas — et comment lui donner une vraie raison de le faire.
Le Bénin a accompli quelque chose de remarquable en une décennie. Une croissance de 7,5 % en 2024 — record depuis 1990 —, des finances publiques assainies, une notation souveraine améliorée, et l’ARCH — l'Assurance pour le Renforcement du Capital Humain — comme première infrastructure de protection sociale à échelle nationale. Ce n'est pas rien. C'est une fondation réelle. Mais toute fondation appelle une prochaine étape. Et celle qui doit s'ouvrir maintenant, c'est celle du contrat social.
La pression fiscale est à 13,2 % du PIB en 2024 (Ministère de l’Économie, REF 2025) - parmi les plus faibles d’Afrique de l’Ouest, loin des 20 % recommandés par l’UEMOA. Paradoxe apparent : ceux qui sont dans le système formel ressentent exactement l’inverse - trop de charges, trop de contrôles, trop de pression. Les deux perceptions sont vraies en même temps. L’État prélève peu au global parce qu’il prélève sur peu de monde, et ceux qu’il atteint portent un fardeau disproportionné. Ce n’est pas un problème de taux. C’est un problème de base fiscale — et derrière ce problème, il y a un problème de contrat.
Un contrat social, c’est une promesse réciproque. L’État s’engage à livrer. Le citoyen s’engage à contribuer. Quand l’une des parties ne tient pas encore pleinement sa part - par manque de moyens, pas nécessairement par mauvaise foi — l’autre se désengage. Ce n’est pas de la résistance. C’est de la cohérence.
60 % des Béninois restent sans couverture santé (OMS, 2023). Le taux d’alphabétisation des adultes s’établit à 45,8 % (UNESCO, 2022). Dans certaines régions du Nord, la présence de l’État reste insuffisante.
LA PREUVE QUE C’EST POSSIBLE
En 1883, Otto von Bismarck - chancelier prussien, rien moins qu’un progressiste - a institué la première assurance maladie obligatoire au monde. Non par générosité, mais par calcul politique lucide : un citoyen couvert est un citoyen qui se sent lié à son État. Le contrat social est d’abord un pacte de confiance mutuelle.
Plus proche de nous : le Botswana. En 1966, ce pays enclavé d’Afrique australe était l’un des plus pauvres du monde - moins de routes, quasiment pas d’écoles, zéro hôpital fonctionnel. Ses dirigeants ont fait un choix : transformer les revenus du diamant en services publics pour tous. Routes, écoles, cliniques. En deux décennies, le PIB par habitant était multiplié par 30 (Banque Mondiale). Le taux d’alphabétisation atteignait 90 %. Les Batswana payaient leurs impôts parce qu’ils voyaient concrètement ce que ça construisait. Ce n’était pas de la générosité. C’était un contrat respecté.
La Mauritanie a formalisé ce principe dans sa Constitution en 2012 : les droits sociaux y sont inscrits comme obligations de l’État, symétriques aux devoirs civiques du citoyen. Un contrat écrit, opposable.
L’IDÉE POUR LE BÉNIN
Le Bénin a déjà commencé. L’ARCH est là. Les finances sont en ordre. La croissance est là. Nous devons maintenant aller vers la formalisation explicite du pacte — le moment où l’État et le citoyen se regardent et disent : voilà ce que je te dois, voilà ce que tu me dois en retour.
Côté État - Trois engagements pour 2040
L’accès universel aux soins de base. ARCH est une infrastructure existante qu’il faut accélérer. L’objectif : 80 % des Béninois couverts d’ici 2030 (contre environ 25 % aujourd’hui). Coût estimé : 300 milliards FCFA par an — finançable si la pression fiscale passe de 13 % à 17 % du PIB d’ici 2030.
Un enseignant qualifié dans chaque école, un centre de santé opérationnel dans chaque commune. Non des bâtiments inaugurés — des services réels, équipés, avec des agents formés et présents.
La présence de l’État sur tout le territoire. L’école, la santé, la justice de proximité. Partout — pas seulement là où c’est facile.
Côté Citoyen - Trois engagements réciproques
Contribuer selon ses moyens. Impôts, participation au recensement, règlement des factures d’eau et d’électricité.
Respecter les biens communs. Ce qui appartient à tous appartient à chacun.
Transmettre. Scolariser ses enfants. Vacciner. Déclarer les naissances. Ces actes individuels construisent la capacité collective.
Le mécanisme — Le Tableau de bord du contrat social. Chaque année, un rapport public sur l’état du contrat : taux de réalisation des engagements de l’État, par département et par commune. Pas du marketing — des chiffres vérifiables, auditables, comparables dans le temps. Une obligation de résultats.
CE QUE ÇA CHANGE
Pour Moussa à Banikoara : un chirurgien accessible. Une école fonctionnelle pour sa fille. Il se sent pleinement Béninois — pas seulement habitant d’un territoire.
Pour l’État : si la pression fiscale passe de 13 % à 17 % du PIB d’ici 2030, avec un élargissement de l’assiette fiscale, ce sont 500 à 600 milliards FCFA supplémentaires par an — sans créer une seule taxe nouvelle. L’argent est dans la confiance qui manque encore.
Pour le pays : la cohésion nationale que rien d’autre ne peut remplacer. Un État qui tient ses engagements du Sud au Nord, coupe l’herbe sous le pied de ceux qui prospèrent sur l’abandon.
Le contrat social, ce n’est pas l’État qui donne. C’est l’État et le citoyen qui s’obligent mutuellement — et le Bénin de 2040 dépend de la solidité de ce pacte.
Christian JEKINNOU, Fanaka&Co 4 mars 2026 #DemainLeBénin #Bénin2040 #ContratSocial


