Notre histoire, leur voyage
Faire du Bénin, l'une des premières destinations africaines
Ouidah, 10 janvier 2040. Les Vodun Days. 21h.
Le ciel est noir. La Porte du Non-Retour est illuminée.
Devant elle, de nombreuses personnes. Des Béninois, des Français, des Brésiliens, des Haïtiens — et plusieurs centaines d’Afro-Américains qui sont arrivés par le vol direct Atlanta-Glo-Djigbé inauguré en 2034. 9 heures et demie. Sans escale. Comme si quelqu’un avait décidé un jour que l’Atlantique pouvait se traverser dans l’autre sens.
Un guide de 42 ans se tient devant le monument. Il s’appelle Komlan. Il a la voix de quelqu’un qui a raconté cette histoire des centaines de fois — et qui n’en est jamais lassé, parce qu’il voit le visage des gens changer à chaque fois. Ce soir il parle en anglais, puis en portugais. Dans son groupe : une famille de Bahia qui a découvert le Bénin via la plateforme My Afro Origins — certificat de nationalité béninoise en poche, obtenu en 2031. Ils sont revenus trois fois depuis.
Komlan connaît chaque pierre de cette route. Il a grandi à deux kilomètres d’ici. À 20 ans, il attendait les touristes à l’entrée du Fort Portugais avec une feuille A4 plastifiée : “Guide — English — Français.” Parfois il rentrait le soir avec 3 000 FCFA. Parfois rien.
Aujourd’hui, il dirige Mémoire Vive — 28 employés, guides certifiés en quatre langues, contrat avec trois tour-opérateurs américains et un brésilien. Sur l’agenda cette semaine : un groupe d’universitaires afro-américains, une délégation de chefs d’entreprises, également venue pour le Forum Prospective Africa, prévu quelques jours plus tard, et une cérémonie de citoyenneté pour sept nouveaux Béninois de la diaspora caribéenne.
À 70 minutes de voiture, à Abomey, le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) est ouvert jusqu’à 22h ce soir. Dans la grande salle des trésors, les 26 œuvres royales restituées par la France en 2021, et depuis rejoints par des centaines d’autres, brillent sous une lumière conçue par une équipe française et béninoise. Cent cinquante mille visiteurs cette année, dont une majorité internationale. Un car de lycéens de Parakou attend dehors pour la dernière visite. Leurs professeurs leur ont dit : c’est votre histoire. Venez la voir.
À Avlékété, à 25 km à l’ouest de Cotonou, le Club Med éclaire la nuit atlantique. Le golf 18 trous est fermé depuis 19h mais le club-house tourne encore — des hommes d’affaires nigérians et européens prolongent la soirée face à la lagune. Deux chambres sur trois occupées en permanence depuis l’ouverture.
Dans Cotonou, le Quartier Culturel et Créatif (QCCC) vit. Les galeries. Les restaurants. Le mur du Port illuminé par ses fresques géantes, instagrammé des millions de fois. Des consultants, des diplomates, des créatifs profitent d’un afterwork au Nyumba Beach Club, un des lieux tendances à Cotonou, où l’on peut poser son ordinateur, commander un café, travailler jusqu’à 14h, et se baigner dans l’Atlantique à 16h.
Le Bénin est devenu THE place to be!
Revenons en 2026!
Le 23 janvier 2026.
Ce jour-là, à Ouidah, IShowSpeed est en direct.
IShowSpeed, 50 millions d’abonnés sur YouTube, visite la statue de Bio Guéra, le Monument de l’Amazone, puis Ouidah : la forêt sacrée de Kpassè, le temple des pythons, les Zangbéto, la Porte du Non-Retour. Il filme tout. Il commente tout. Il n’a pas de filtre. Depuis un hélicoptère, quand un membre de son équipe lui dit que ça ressemble à Miami, il répond : “Non. Ça ressemble juste au Bénin.”
La vidéo fera des millions de vues.
Les hashtags #Benin et #VisitBenin explosent sur TikTok, X et Instagram. Des gens qui n’avaient jamais entendu parler de Ouidah tapent “vol pour Cotonou” dans Google. Des entrepreneurs béninois du secteur culturel parlent de “vitrine extraordinaire” et de “publicité que même de grandes campagnes classiques peinent à offrir.”
Komlan, cette semaine-là, comprend quelque chose : le monde commence à regarder le Bénin. Il faut se préparer à les recevoir.
OU EN SOMMES NOUS AUJOURD’HUI?
Ce qui existe déjà
Le Bénin a déjà de nombreux atouts. Quelques exemples :
La Route des Esclaves à Ouidah, 4km, de la Place aux Enchères à la Porte du Non-Retour. Un des rares circuits mémoriels au monde de cette envergure.
Les Vodun Days,festival international du 9 au 11 janvier à Ouidah, qui attire déjà des pratiquants et des curieux d’une dizaine de pays.
Le Sofitel Marina à Cotonou, le premier 5 étoiles du pays.
Ganvié, la cité lacustre, surnommée la venise de l’Afrique,
Les palais royaux d’Abomey, classés UNESCO depuis 1985.
Le mur du Port, avec ses fresques devenues l’une des signatures visuelles de Cotonou sur les réseaux sociaux.
Et surtout : la loi du 2 septembre 2024 qui consacre pour la première fois dans l’histoire juridique béninoise le droit au retour et à la citoyenneté pour les descendants d’Africains déportés lors de la traite des Noirs. Avec sa plateforme dédiée My Afro Origins lancée le 4 juillet 2025. Ciara, chanteuse américaine, sept millions d’albums vendus, fait partie des premières personnes naturalisées en juillet 2025. Sa visite à la Porte du Non-Retour, a été relayée par des dizaines de millions de comptes dans le monde.
Ce que le Ghana a fait avec The Year of Return en 2019, 4,8 milliards de dollars de recettes touristiques en 2024, le Bénin peut le faire. Avec une loi qui dure.
Ce qui arrive.
Le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) à Abomey accueillera les 26 trésors royaux restitués par la France dans une muséographie internationale pensée “du point de vue africain.” Ce musée ne sera pas un musée de plus. Ce sera l’accroche narrative la plus puissante du patrimoine béninois.
Le Bateau Aurore : réplique fidèle du navire négrier L’Aurore, 42 mètres de long, installé sur un lagon artificiel à proximité de la Porte du Non-Retour. Bateau-musée. Immersion dans les cales d’un navire négrier. Aucune destination au monde ne propose ça. C’est une première mondiale qui mérite d’être communiquée comme telle, dans les médias américains, brésiliens, caribéens, haïtiens.
L’Avlékété Golf Course, 18 trous, 45 hectares entre l’océan Atlantique et la lagune d’Agouin, conçu par l’architecte britannique Jeremy Pern, homologation PGA visée, ouverture prévue début 2027.À moins d’un kilomètre de là : le Club Med d’Avlékété, 336 chambres dont 30 suites, éco-resort certifié BREEAM, ouverture 2027-2028.
Ensemble, ces projets créent quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs en Afrique de l’Ouest : une station balnéaire haut de gamme adossée à un circuit mémoriel d’intensité mondiale.
Et la ligne aérienne directe Cotonou-Brasília : lors de sa visite au Brésil en juin 2025, le président Talon a évoqué avec Lula la création d’une liaison aérienne directe entre les deux capitales, pour stimuler le tourisme et le commerce bilatéral. Cette ligne, quand elle sera opérationnelle, sera un signal politique autant que touristique. Le Bénin dit au Brésil : nous sommes votre origine. Venez.
QUE DEVONS NOUS CONSTRUIRE POUR LE BÉNIN DE 2040 ?
Le premier chantier est narratif.
Le Bénin a les pierres. Le récit n’est pas encore totalement structuré. Il doit après être distribué, répété. My Afro Origins pourrait devenir un programme d’accueil complet, pas seulement un portail numérique. On pourrait réfléchir sur des vols directs depuis Atlanta, Miami, ou d’autres villes américaines. Des guides certifiés bilingues en masse. Une infrastructure d’hébergement qui accompagne le séjour mémoriel : nuits à Ouidah, jours à Abomey, retour par Ganvié. Et un département marketing dédié à la diaspora africaine mondiale — avec des campagnes dans les médias noirs américains, dans les radios haïtiennes, dans les journaux brésiliens de Bahia.
Le second chantier est institutionnel.
Bénin Tourisme, créée en 2022, a pour mission la coordination, la mise en œuvre et le suivi de toutes les actions visant à renforcer le positionnement touristique du pays. Cette agence devrait, si ce n’est pas déjà le cas, être dotée de moyens à la hauteur de l’ambition: budget de promotion international, présence dans les salons touristiques mondiaux (World Travel Market, ITB Berlin, ATM Dubaï, …Etc), et un réseau de représentants dans les marchés émetteurs clés.
Le troisième chantier est qualitatif.
Le Bénin doit devenir une destination où l’on dépense, pas seulement où l’on passe.
Cela signifie : monter en gamme sur l’hébergement, structurer l’artisanat exportable (les bas-reliefs d’Abomey, les tissus de Grand-Popo, la gastronomie béninoise, …etc), certifier et professionnaliser les guides, créer une offre Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions (MICE) qui complète l’offre mémorielle et balnéaire.
Exemple : A partir de 2028, Prospective.Africa. Un événement biannuel qui réunit le gotha africain — intellectuels, économistes, dirigeants d’entreprise, créatifs, décideurs — pour imaginer l’Afrique de demain. Un davos africain de la prospective. Organisé à Cotonou, avec des sessions à Ouidah et à Abomey. Parce que le Bénin n’est pas seulement une destination de mémoire. C’est un pays qui pense l’avenir. Et que le tourisme d’affaires et d’idées est le segment le plus rentable et le plus fidèle qui soit.
NDLR : Prospective.Africa est un projet sur lequel travaille Fanaka&Co
Revenons à Komlan. Ouidah, 2040.
Il termine sa visite à la Porte du Non-Retour. La famille de Bahia reste encore un moment dans le silence. Puis la mère prend une photo. Pas pour Instagram. Pour son père, resté au Brésil, qui n’a jamais eu les moyens de faire ce voyage.
Le lendemain, ils iront à Abomey. Puis à Ganvié. Puis leur fils de 17 ans, qui n’avait jamais vu l’Afrique, veut aller voir le golf d’Avlékété “juste pour voir à quoi ça ressemble.” Il ne joue pas au golf. Mais il veut voir un endroit qui a l’air d’un autre monde et qui est, en même temps, chez lui.
Komlan leur recommande de faire escale à Grand Popo également, où, en plus des merveilleux sites à visiter, ils pourront séjourner au Nyumba Lodge de Grand Popo, un lieu de “zenitude” absolu au bord de la mer.
Ils resteront en tout douze jours.
Ils dépenseront plus que prévu.
Ils reviendront. C’était trop court.
En 2023, le Bénin accueillait 120 000 touristes. Le Ghana en accueillait dix fois plus. L’écart n’est pas une question de patrimoine. C’est une question de décision, de continuité et d’exécution.
Plusieurs décisions ont été prises. Les chantiers sont ouverts. Les fondations sont là.
Il reste à finir ce qui a commencé — et à le dire au monde.
Le trésor le plus rare ne se cache pas dans le sol. Il se trouve dans ce que les autres ne peuvent pas inventer : une histoire vraie, des lieux réels, et des millions de descendants qui cherchent encore d’où ils viennent.
Christian JEKINNOU, Fanaka&Co, Mars 2026
#DemainLeBenin #Benin2040 #Tourisme





