Pourquoi 2040 ?
Quatorze ans pour changer de catégorie — Demain, le Bénin ! #1/31
En 1965, Singapour était un bidonville tropical de 2 millions d’âmes, sans eau potable, sans armée, sans avenir. Quatorze ans plus tard, c’était une puissance industrielle émergente. Quatorze ans. Pas cinquante. Pas cent. Quatorze.
Le Bénin s’est fixé l’horizon 2060 avec la vision Alafia. C’est très bien. Mais 2060, c’est quand même loin. Ca peut paraître abstrait pour beaucoup. Donc, facile à reporter. 2040, c’est demain. Et c’est exactement le temps qu’il nous faut.
Soyons lucides !
Le Bénin affiche une croissance de 7,5 % en 2024 — la quatrième plus rapide d’Afrique. Les agences de notation applaudissent. Le FMI félicite. Les eurobonds se placent. Sur le papier, tout va bien. Et j’en suis fier, en tant que béninois !
Mais descendez à Dantokpa. Parlez à Adjoa, qui vend ses tomates depuis une dizaine d’années sans jamais réussir à mettre ses trois enfants dans une école correcte. Demandez à Koffi, diplômé en gestion, qui conduit un zémidjan à Porto-Novo parce qu’il n’a rien trouvé d’autre. Comptez les heures que Moussa, éleveur à Kandi, passe à espérer que la pluie tombe au bon moment.
36 % des Béninois vivent sous le seuil de pauvreté (Instad, 2022). 90 % de la population active survit dans l’informel (DTDA, Labour Market Profile 2025/2026). 70 % est en situation de sous-emploi (UNDP, 2019). Et 61 % des ménages jugent leur situation économique « mauvaise», selon Afrobarometer.
Le paradoxe béninois tient en une phrase : la croissance monte, mais la vie ne change pas. En tout cas, pas encore!
On ne résout pas ce paradoxe avec un horizon à 34 ans. On le résout avec l’urgence.
LA PREUVE QUE C’EST POSSIBLE
Quatorze ans, c’est court. Mais c’est suffisant pour changer la trajectoire d’un pays. L’histoire l’a prouvé plus d’une fois :
Singapour, 1965-1979. À l’indépendance, le PIB par habitant était de 500 dollars. Le chômage frôlait les 14 %. Soixante-dix pour cent de la population entassée dans des taudis. En quatorze ans, Lee Kuan Yew a posé les fondations d’un miracle : croissance annuelle moyenne de 12,7 %, part de l’industrie dans le PIB passée de 14 % à 22 %, chômage ramené à 4,5 %. Pas de pétrole. Pas de diamants. Juste une vision, des institutions et une exécution implacable.
Le Vietnam, 1986-2000. Quand Hanoï lance les réformes du Đổi Mới, le pays sort de la guerre et de la faillite. L’inflation atteint 700 %. Les paysans crèvent de faim. Quatorze ans plus tard, la pauvreté est passée de 70 % à 37 %. La croissance annuelle moyenne atteint 7,9 %. Quarante millions de personnes sorties de la misère. Comment? Réforme agraire, ouverture commerciale, investissement dans le capital humain.
Le Rwanda, 1994-2008. Après le génocide, le PIB par habitant tombe à 200 dollars. Le pays n’est plus qu’un champ de ruines et de traumatismes. Quatorze ans plus tard, la croissance moyenne dépasse 8,5 % par an. Le PIB par tête a presque triplé. La gouvernance est devenue un modèle. Kigali, ville des morts, est devenue la ville la plus propre d’Afrique.
Trois pays. Trois situations de départ pires que celle du Bénin. Quatorze ans à chaque fois. Ce n’est pas de la magie. C’est du travail, de la vision et de l’exécution sans excuse.
L’IDÉE POUR LE BÉNIN
Le Bénin s’est doté d’une Vision 2060 — adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en juillet 2025. C’est un cap. Un phare. Mais un phare ne vous dit pas où mettre les pieds sur le sentier.
2040, c’est notre premier horizon.
Pourquoi 2040 ? Parce que c’est un horizon humain. C’est le temps qu’il faut à un enfant qui entre à la maternelle cette année pour obtenir son Baccalauréat. C’est également le temps qu’il faut pour former un médecin généraliste qui entrera en 6è à la rentrée prochaine.
Quatorze ans, c’est aussi la fenêtre politique qui s’ouvre. Si le prochain président élu en avril 2026 gouverne deux mandats dans la continuité de ce qui a été construit depuis 2016, le Bénin aura eu vingt-quatre ans de stabilité stratégique. La continuité n’est pas un luxe. C’est la condition sine qua non de la transformation.
Concrètement, que faut-il viser d’ici 2040 ?
Trois objectifs selon moi :
Premièrement : diviser la pauvreté par deux — passer de 36 % à moins de 18 %. Cela suppose de créer les canaux par lesquels la croissance irrigue réellement les ménages : emplois industriels, revenus agricoles, protection sociale.
Deuxièmement : formaliser au moins la moitié de l’économie. Tant que 90 % de l’activité reste informelle, il n’y a ni recettes fiscales suffisantes, ni protection des travailleurs, ni base pour une classe moyenne.
Troisièmement : faire du Bénin une référence régionale dans au moins trois secteurs (Ex : logistique portuaire, agro-industrie et services numériques)
Ce ne sont pas des vœux pieux. Ce sont des cibles mesurables, avec des indicateurs précis, un suivi annuel, et une obligation de résultats. La Vision 2060 fixe déjà un taux de pauvreté à 21,9 % en 2035. Si on tient ce rythme, 18 % en 2040 est atteignable.
CE QUE ÇA CHANGE
Pour Adjoa à Dantokpa, 2040 c’est l’année où ses petits-enfants ne connaissent pas la précarité qu’elle a connue. C’est un système de santé qui ne la laisse pas mourir faute de pouvoir payer.
Pour Koffi à Porto-Novo, c’est un pays où un diplôme mène à un emploi — pas à un zémidjan. Où l’industrie absorbe les talents.
Pour Moussa à Kandi, c’est la fin de l’abandon. Des routes, des marchés, des écoles, et la certitude que le Nord compte autant que le Sud.
2040, ce n’est pas une utopie. C’est un rendez-vous. Et pendant 31 jours, nous allons construire ensemble — idée par idée, proposition par proposition — le chemin pour y arriver.
2060 est notre rêve ; 2040 est un premier objectif. Et quatorze ans, c’est le temps qu’il faut à un pays déterminé pour changer de catégorie.
Christian JEKINNOU, Fanaka&Co, Mars 2026
#DemainLeBenin #Benin2040 #PourquoiMaintenant


